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Ce que le yoga m'a appris sur l'écoute

il y a 16 heures
4 min de lecture

Le yoga ne m'a pas appris à écouter de la musique. Il m'a appris à écouter. C'est différent. Et c'est plus grand.


Mais avant d'y venir, il faut que je raconte comment j'y suis arrivé.


Le stress, et la respiration


J'étais jeune. J'avais des problèmes de stress, et des problèmes de respiration. Rien de grave, mais assez pour que ça pèse. C'est mon professeur de musique qui m'a orienté. Il m'a recommandé d'aller voir un thérapeute. Un thérapeute qui travaillait avec la tradition himalayenne.


Je ne remercierai jamais assez ce professeur. Ni ce thérapeute.


Sur le moment, honnêtement, je ne comprenais pas grand-chose aux séances. J'étais jeune, et les exercices me semblaient étranges. Les explications m'échappaient. Je faisais ce qu'on me disait, sans vraiment saisir. Et puis les années ont passé. Et j'ai réalisé ce que ça m'avait apporté. Pas sur le moment. Après. C'est souvent comme ça.


Le yoga, d'abord mal compris


Le yoga, je l'avais découvert très jeune. Avant le thérapeute, avant la méditation. Et à l'époque, c'était physique. Trop pour moi ! Des postures, des efforts, des enchaînements. Je crois que c'est resté en moi comme une idée fausse : le yoga, c'est du corps, du physique. Et le physique, ce n'est pas l'essentiel.


Le thérapeute, lui, c'était autre chose. Très calme, avec un mélange de Yoga Nidra et d'une hypnothérapie douce. Rien à voir avec le yoga physique que j'avais connu. Là, on était dans le souffle, dans la voix, dans une forme de relâchement profond et de visualisation.


La méditation


Ensuite, j'ai découvert la méditation. Et là, quelque chose s'est ouvert. J'en suis devenu accroc, vraiment accroc ! La méditation est devenue une part de ma vie, une pratique quotidienne, une nécessité, comme une bouteille d'oxygène.


Mais voilà, amoureux de la méditation, j'ai négligé le corps. Je méditais, assis, immobile. Pendant des années. Et je ne m'en rendais pas compte. L'idée fausse du yoga était encore là. Le yoga, c'est physique. Le physique, ce n'est pas l'essentiel. Donc je méditais, et j'oubliais le corps.


C'est le corps qui a parlé. Au fil des années, il a commencé à me dire qu'il avait aussi besoin de respirer. De bouger. D'être habité autrement. Le yoga a réglé le problème. Mais pas celui que j'avais connu jeune. Un autre yoga. Un yoga qui réconcilie le corps et la méditation.


C'est là que j'ai compris quelque chose. La méditation, ce n'est pas tout. Le corps, ce n'est pas un support qu'on oublie. C'est une part de la pratique. Et si on l'oublie, il le rappelle.


Écouter, pas exécuter


Voilà d'où je viens. Maintenant, ce que le yoga m'a appris sur l'écoute.


En musique, on apprend à exécuter. On travaille un morceau, on le maîtrise, on le joue. On vise la justesse, la précision, l'expression. C'est normal, c'est le métier qui veut ça.


Mais le yoga m'a appris autre chose. Il m'a appris à ne plus seulement exécuter. Il m’a appris à écouter ce qui se passe pendant que je suis dans l’action, dans le « faire », dans la pratique. Il m’a appris à sentir le corps, la respiration, les tensions, les relâchements et à percevoir ce qui est là, avant de vouloir corriger, contrôler, stresser.


Et quand j'ai commencé à jouer de la musique avec cette écoute, quelque chose s'est ouvert. Je ne jouais plus seulement ce que je savais. Je jouais ce qui se passait. J'écoutais mon corps, mon souffle, pendant que je jouais. J'écoutais l'instrument. J'écoutais la salle. J'écoutais les autres, s'il y en avait. Et la musique est devenue autre chose. Pas seulement un texte à interpréter mais un événement à vivre.


Le souffle


Le yoga m'a appris à respirer. Pas au sens où on respire tous, sans y penser. Au sens où on suit le souffle. On l'observe. On le laisse faire. On ne le force pas. Et même si parfois, dans certaines pratiques comme le pranayama, on joue avec le souffle, c'est lui qui nous guide. C'est lui qui décide de ce qu'on peut faire avec lui. C'est lui qui nous invite à être.


Et j'ai découvert que la musique, c'est la même chose. Un musicien qui joue, c'est un musicien qui respire. La phrase musicale, c'est une respiration. Le silence entre les notes, c'est une respiration. Le mouvement du corps, c'est une respiration. Quand on joue sans respirer, la musique est tendue. Quand on joue en respirant, elle est vivante.


Je ne l'avais jamais compris avant. Ou plutôt, je le savais, mais je ne le sentais pas. Le yoga me l'a fait sentir.


L'attention


Le yoga m'a appris l'attention. Pas la concentration, qui est un effort. L'attention, qui est une présence.


Dans une posture, on n'est pas concentré sur un point. On est attentif à tout. À la respiration, aux appuis. aux sensations. À ce qui bouge, et à ce qui ne bouge pas. On est là, simplement. Et cette attention, elle n'est pas quelque chose qu'on fabrique. C'est quelque chose qu'on laisse être là. Sinon on chute. C'est terre à terre.


En musique, c'est pareil. On peut jouer concentré, sur une note, sur un passage difficile. Ou on peut jouer attentif, à tout ce qui se passe. Et la différence est énorme. La première façon est tendue, fragile. La seconde est ouverte, vivante.


Ce que j'ai appris


Le yoga m'a appris que l'écoute n'est pas une technique. C'est une manière d'être. On n'écoute pas seulement avec les oreilles. On écoute avec le corps. Avec le souffle. Avec l'attention.


Et c'est ça qui a ouvert la porte à quelque chose que j'ai fini par appeler le Nanomerism. Vous n'avez peut-être jamais entendu ce nom. Il m'est venu après avoir longuement médité. C'est une écoute, poussée plus loin. Une écoute qui descend jusqu'aux cellules. Une écoute qui ne sépare plus celui qui écoute de ce qui est écouté. Une écoute qui devient une relation.


Mais je n'y serais pas arrivé sans le yoga. Parce que le yoga m'a appris à m'arrêter. À écouter ce qui est là. À ne plus seulement faire, mais à être. Et c'est de là que tout est venu.


Il y a d'autres étapes, dans ce parcours. Notamment un moment important, lié à la Chine. Mais ça, c'est une autre histoire. Je la raconterai peut-être un jour.




À propos de l'auteur

Benoit Stasiaczyk est compositeur et improvisateur, professeur de musique et professeur de yoga enregistré (RYT 200). Il est le fondateur du Nanomerism, une pratique d'écoute méditative qui rend perceptible la non-dualité dynamique.

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