Le point de fixation
Quand on écoute de la musique, on est généralement fixé sur quelque chose. Ça peut être la mélodie, le rythme, l'interprétation, l'harmonie, le timbre. On est fixé sur un objet. On peut aussi se fixer sur la mélodie et le rythme à la fois. Cela ne change rien. Les deux composantes forment ensemble un nouvel objet. Et ainsi de suite. Enfin, on devrait au moins arriver à ce stade. De nos jours, les gens n'écoutent plus. Ils n'ont même plus ce point de fixation. La musique passe, et ils ne s'y arrêtent pas. C'est comme un fond, un bruit de fond. On est encore en dessous de la dualité, en quelque sorte. On n'est même pas dans la relation.
Quand on joue de la musique, on est fixé sur autre chose. Sur les notes, sur la technique, sur le résultat, sur ce qu'on veut produire. On est fixé sur un but. On est fixé sur ce qu'on va faire, sur ce qui va venir. On n'est pas dans ce qui se passe, on est dans ce qu'on veut obtenir. C'est la question que mes élèves posent souvent : à quoi ça sert de travailler ça ? Ils se placent déjà dans le résultat, avant même d'avoir joué.
Dans les deux cas, il y a dualité. Il y a moi d'un côté, et la musique de l'autre. Il y a le professeur et l'élève. Le musicien et l'instrument. L'auditeur et le son. L'interprète et la partition. Et au-delà de la musique, le corps et l'esprit. Chaque distinction, dès qu'on se fixe dessus, produit de la dualité.
La non-dualité ne vient pas de la fusion de ces pôles. Elle ne vient pas de la disparition de l'un dans l'autre. Elle vient du déplacement du point de fixation. On ne s'arrête plus sur les rôles. Ils ne deviennent pas notre sujet de préoccupation. On se fixe sur la connexion qui s'établit entre eux. Sur ce qui se passe entre les deux. Sur la relation en train de se faire. Et cette connexion n'est jamais figée. Elle bouge. Elle se renouvelle. Elle ne se répète jamais. Ce qui veut dire que la non-dualité dynamique n'est pas un état qu'on atteint une fois pour toutes. C'est un déplacement constant du point de fixation. À chaque instant, on peut se re-fixer sur les rôles. À chaque instant, on peut revenir à la connexion. C'est un mouvement, pas une position. C'est pour cela que je parle de dynamisme. Pas parce que ça bouge vite, mais parce que ça ne se fixe jamais.
Mais attention : être fixé dans le mouvement, ce n'est pas contradictoire. On peut être stable dans le mouvement, comme un musicien est stable dans le jeu. La fixité n'est pas forcément immobilité. Elle peut être constance, continuité, présence. Fixer et dynamique peuvent coexister. C'est là le truc ! Pas deux objets, un fixe et un mouvement. Mais une relation. Et c'est pour cela que la pratique compte plus que la théorie. On ne peut pas comprendre la non-dualité dynamique de l'extérieur. Il faut la pratiquer. Il faut déplacer son attention, encore et encore, des émetteurs-récepteurs vers la connexion elle-même. Et observer ce qui se passe quand on le fait. Car pratiquer sans observer n'apporte pas le même résultat.
La méditation est un bon moyen pour cela. Pas le seul, mais un très bon moyen. Elle apprend à travailler son attention, à l'affiner, à la rendre disponible. On passe souvent, au début, par la fixation sur un objet. C'est la concentration. C'est une étape, et elle a son utilité. Mais se concentrer, ce n'est pas méditer. Le but n'est pas de fixer l'attention sur un objet, ce qui retomberait dans la dualité, mais de la rendre souple, mobile, présente.
Ce n'est pas le mental qui fait ce déplacement. Si c'est le mental qui mène, il y a interférence. Il commente, il juge, il anticipe. Ce n'est pas non plus l'instinct seul. Si c'est l'instinct qui mène, il y a dérive. Il ramène tout à l'immédiat, à la réaction, à ce que l'humain se fait de la conception de l'animalité. Et il y manquera probablement de la pratique. Le déplacement se fait dans une attention qui perçoit sans commenter, qui sent sans se laisser emporter. Une attention qui se dit « être », tout simplement.
C'est d'ailleurs ce que propose le Nanomerism. On écoute, on ressent, on observe. Et on découvre que la frontière entre celui qui écoute et ce qui est écouté ne se fixe jamais. Elle bouge. C'est cela, la non-dualité dynamique. Et cela vaut pour l'écoute de la musique. Cela vaut aussi pour la vie quotidienne. Ajouter une dose de Non-Dual Dynamism dans sa vie, je vous l'assure, c'est chouette.
À propos de l'auteur
Benoit Stasiaczyk est compositeur et improvisateur, professeur de musique et professeur de yoga enregistré (RYT 200). Il est le fondateur du Nanomerism, une pratique d'écoute méditative qui rend perceptible la non-dualité dynamique.




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