L'attention
« Attention ! Tu n'es pas attentif ! » On vous l'a déjà dit, cette phrase, n'est-ce pas ? Peut-être enfant, peut-être hier et vous l'entendrez encore sûrement demain. Alors : Musique, « Attention mesdames et messieurs, on va commencer… » c’est ici qu’on en parle !
Ce n'est pas si simple, car souvent on ne sait pas comment faire pour être attentif. On sait qu'on ne l'est pas, mais on ne sait pas ce que c'est.
« L'attention », ça veut dire quoi au juste ? On ne sait pas toujours ce qu'elle est. On la confond avec la concentration. On croit qu'être attentif, c'est fixer son esprit sur une chose. Mais ce n'est pas la même chose.
La concentration, c'est un effort. C'est le fait de ramener sans cesse l'esprit sur un objet. On se concentre sur un son, sur une note, sur une idée, sur un exercice, sur un travail à faire. Et dès que l'esprit s'égare (et il s'égare souvent, sur autre chose qui n'a rien à voir avec ce qu'on faisait), on le ramène. C'est un travail. C'est utile. C'est même une étape, et une bonne étape. Mais ce n'est pas encore l'attention.
L'attention, ce n'est pas la même chose. Il faut en prendre conscience. Sinon, elle n'est pas là. C'est en étant attentif que l'attention devient présente. Quand je suis concentré, je ne focalise que sur un point, une activité. Mais quand je suis attentif, je suis attentif à tout. On ne se concentre pas sur l'action, on est dedans. Et quand elle est là, tout devient plus fin, plus précis, plus vivant.
Be careful ! L'attention n'est pas stable. Elle est furtive. Elle est passagère. Elle est volage. Elle vient, elle repart. Elle se pose, puis elle s'échappe. Et c'est normal. Tout bouge. Rien ne se fixe. Bienvenue dans le merveilleux monde de la non-dualité dynamique (sourire). Si l'attention se perd, la concentration redevient utile. Elle redevient notre appui. Hop, l'attention s'échappe, la concentration la ramène, doucement, sans forcer. Pas pour la fixer définitivement, mais pour qu'elle puisse se poser à nouveau.
Ce qui compte, ce n'est pas la force de l'attention, c'est sa finesse. Une attention fine perçoit ce que l'attention grossière ne perçoit pas. Elle perçoit les micro-mouvements, les micro-sons, les micro-vibrations. Elle perçoit ce qui se passe dans le corps, à l'échelle cellulaire. (Percevrait-elle même l'infini ? La réponse est dans la pratique.) Mais attention : ce n'est pas un repli sur soi. Si on perçoit une réaction à l'intérieur, c'est déjà qu'il y a eu une relation avec ce que les cellules perçoivent de l'extérieur. L'intérieur et l'extérieur ne sont pas séparés. Ils se répondent. Imaginez un globule blanc qui se dirait : bon, moi je ne m'occupe que de moi, je m'assois, je vis ma petite vie, et le reste des cellules, je m'en tamponne ! Il ne tiendrait pas longtemps. Et nous non plus. Ce serait le comble du narcissisme et de l'individualisme cellulaire. Et vraisemblablement notre auto-destruction.
C'est là que le Nanomerism entre en jeu. Le Nanomerism ne demande pas de se concentrer sur la musique. Il demande de lui porter attention. De la laisser venir, de la laisser vibrer, de la laisser nous traverser. Et d'observer ce qui se passe, de le ressentir. Sans commenter, sans juger. Et pas d'anticipation non plus. (Une fois qu'on sait faire ça avec la musique, on peut appliquer la « recette » dans chaque action de notre vie quotidienne.)
Évidemment, ce n'est pas si simple, car le mental est toujours là, prêt à reprendre la main. Il cherche à anticiper l'enchaînement harmonique qui va se produire. Il juge la qualité de l'interprétation. Il compare avec une autre version qu'on « connaît » déjà. Il dit « j'aime », il dit « je n'aime pas ». Bon, je vous l'accorde, c'est déjà un bon début, car de plus en plus de gens ne savent même pas s'ils aiment ou pas ce qu'ils écoutent, ou ce qu'ils font. Mais après ce bon début, continuez, vous êtes sur la bonne voie (sourire). Dans la vie quotidienne, c'est pareil. Le mental anticipe ce que l'autre va dire et n'écoute pas quand l'autre parle. Il juge ce qu'on est en train de faire, pensant être spécialiste dans toutes les matières. Bref, un beau bazar.
Revenons à nos moutons. L'attention n'est ni le mental, ni l'instinct. Le mental commente, juge, anticipe, se crée son monde et bien souvent prend le risque de se berner lui-même. C'est l'arroseur arrosé. L'instinct, lui, réagit du tac au tac. Il choisit, oui, mais sans délibérer. Il choisit vite, souvent sans qu'on s'en rende compte. Et c'est là que l'attention intervient : elle ouvre un espace entre ce qui arrive et ce qu'on en fait. L'attention, elle, est entre les deux. Elle perçoit sans commenter. Elle perçoit sans s'arrêter. Elle devient la clé qui permet de choisir, le purificateur d'air, le filtre à eau. L'attention amène la clarté.
Plus l'attention s'affine, plus on perçoit. Plus on perçoit, plus on est présent. Plus on est présent, plus on est en relation. Et c'est là que quelque chose se joue. Ce n'est pas dans la force, c'est dans la finesse.
Un mot, pour finir. Quand on parle de l'attention, on touche à une question plus vaste : celle de la conscience. Où se situe-t-elle ? Dans le cerveau ? Dans le corps ? Ailleurs ? C'est une question que je ne tranche pas ici. Elle mérite un article à part, et elle viendra plus tard. Pour l'instant, il s'agit de pratiquer. D'être attentif. Le reste viendra en son temps.
À propos de l'auteur
Benoit Stasiaczyk est compositeur et improvisateur, professeur de musique et professeur de yoga enregistré (RYT 200). Il est le fondateur du Nanomerism, une pratique d'écoute méditative qui rend perceptible la non-dualité dynamique.





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