Méditer, ce n'est pas se concentrer
On confond souvent les deux. On dit « méditer » quand on veut dire « se concentrer ». On dit « se concentrer » quand on veut dire « méditer ». Et pourtant, ce n'est pas la même chose.
La concentration, c'est un effort. C'est le fait de ramener sans cesse l'esprit sur un objet. Un son, une note. Ou une idée, un problème à résoudre, un travail à faire. Et dès que l'esprit s'égare, on le ramène. C'est un travail. C'est utile. C'est même une étape, et une bonne étape. Mais ce n'est pas encore méditer.
Méditer, c'est autre chose. C'est une présence. C'est un état. On n'est plus obnubilé par l'objet. On est là, disponible. On perçoit ce qui se présente, sans choisir. On ne s'accroche pas. On ne se fixe pas. On laisse venir, on laisse partir. Et on observe.
Pourquoi on confond
La confusion vient de loin. Dans beaucoup de traditions, on utilise le même mot pour les deux. Ou on traduit mal. Ou on simplifie. Résultat : on croit que méditer, c'est se concentrer très fort. Et quand on n'y arrive pas, on croit qu'on ne sait pas méditer.
Mais ce n'est pas ça. Méditer, ce n'est pas forcer l'attention. C'est la laisser être là. C'est être présent. Et la présence, ça ne se fabrique pas. Ça se reconnaît.
Ce que la concentration apporte
La concentration a son utilité. Elle permet de poser l'esprit. De le stabiliser. De le rendre disponible pour autre chose. C'est une étape. Et elle est nécessaire, au début. Parce que sans elle, l'esprit part dans tous les sens, et on ne peut rien observer.
Mais il faut savoir la dépasser. Sinon, on reste dans l'effort. On reste dans le contrôle. On reste dans la tension. Et la méditation, elle, n'est pas tendue. Elle est ouverte.
Ce que la méditation apporte
La méditation apporte autre chose. Elle apporte une présence. Une disponibilité. Une ouverture. On n'est plus en train de faire. On est en train d'être. Et dans cette présence, quelque chose se donne. Pas une réponse. Pas une compréhension. Une qualité d'attention qui transforme le rapport à ce qui se passe.
Concentration et méditation, deux retours différents
On passe souvent par la concentration pour apprendre à méditer. Mais ce n'est pas comme apprendre le nom des notes. Le nom des notes, on l'apprend une fois pour toutes. Après, on sait. La méditation, elle, ne s'acquiert pas une fois pour toutes. Elle s'entretient. Elle se pratique. Sinon, elle s'éloigne.
La concentration, c'est ramener l'esprit sur l'objet. La méditation, c'est revenir à l'état. Se rappeler. Se souvenir de ce qu'on est. Ce n'est pas un effort, c'est une reconnaissance.
Et pourtant, on est dans l'instant. On ne rumine ni le passé, ni le futur. On le vit au présent. Se rappeler, ici, ce n'est pas se tourner vers le passé. C'est se rappeler ce qui est là, maintenant. Ce qu'on est, maintenant.
Et même dans la méditation, il y a des moments où on revient à la concentration. Où on ramène l'esprit. Où on refait un effort. Non pas parce qu'on a régressé, mais parce que c'est ainsi. On revient à l'effort, puis on retourne à la méditation. Comme un musicien qui refait des gammes avant un concert. Ce n'est pas un recul. C'est une pratique.
Et pour la musique
En musique, c'est la même chose. On peut jouer concentré. Sur une note, sur un passage difficile, sur une technique. Et c'est nécessaire, au début. Pour apprendre. Pour maîtriser.
Mais on peut aussi jouer méditatif. C'est-à-dire présent. Attentif à tout. À soi, à l'instrument, à la salle, aux autres. Et là, la musique change. Elle n'est plus un texte à exécuter. Elle est un événement à vivre.
C'est ce que propose le Nanomerism. Une écoute, et une pratique, qui ne sont pas de la concentration. Une écoute qui est une présence. Une écoute qui perçoit sans commenter. Et qui, dans cette perception, découvre quelque chose. Pas une réponse. Pas une compréhension. Une qualité d'être.
Alors, méditer, ce n'est pas se concentrer. C'est être là. Et c'est déjà beaucoup.
À propos de l'auteur
Benoit Stasiaczyk est compositeur et improvisateur, professeur de musique et professeur de yoga enregistré (RYT 200). Il est le fondateur du Nanomerism, une pratique d'écoute méditative qui rend perceptible la non-dualité dynamique.





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