La perception mobile
On ne peut pas percevoir toutes ses cellules. On ne peut pas percevoir l'ensemble de son corps. On ne peut pas percevoir tout, d'un coup, en même temps.
Ce n'est pas un défaut. C'est une impossibilité. C'est notre humanité. Percevoir, c'est toujours percevoir quelque chose. Quand il y a sujet, il y a objet. Ce n'est pas gênant, car souvenons-nous : la frontière entre les deux bouge, elle ne se fixe jamais. C'est ça, la non-dualité dynamique. Et c'est pour ça qu'on ne peut pas percevoir l'ensemble de ses cellules. Pas parce qu'elles sont trop nombreuses. Parce que l'ensemble n'est pas un objet figé. C'est quelque chose qui bouge tout le temps. Un mouvement, on ne le perçoit qu'en le suivant. Et il y a autre chose. Souvent, on s'identifie au sujet, et on en oublie l'objet. Et notre champ de perception est limité. (Dans certains cas, la méditation nous aide à élargir ce champ. Dans d'autres, elle cherche à le focaliser, à l'apaiser, à visualiser, à percevoir. Chaque pratique a sa fonction.)
Alors, voilà le conseil que donne le Nanomerism : switcher.
Lorsqu'on switch, on passe d'une cellule à une autre. D'une zone à une autre. D'une sensation à une autre. On ne perçoit pas tout. On perçoit une chose, puis une autre, puis une autre. C'est ce parcours qui donne l'impression d'une perception globale. Mais elle ne l'est pas. Elle est faite de milliers de perceptions locales.
Entre chaque perception, il y a un espace. Un nano moment. C'est là que le déplacement se fait. Si on est attentif à cet espace, on switche sans être emporté. Si on ne l'est pas, on saute d'une perception à l'autre sans s'en rendre compte.
Et c'est la même chose avec la musique. On switch d'une voix à une autre. D'un registre à un autre. D'un timbre à un autre. On suit le mouvement. On ne fixe rien. C'est ça, l'écoute méditative. Suivre le mouvement, sans s'arrêter.
On peut regrouper dans certaines pratiques, et switcher lors du Nanomerism. Le regroupement construit des unités, des ensembles. Mais attention : des unités, pas l'Unité. L'Unité non duelle ne se construit pas. Elle se perçoit quand on cesse de construire. Le regroupement, lui, construit. Le switch, non. Il passe. Il ne fixe rien.
C'est là que le Nanomerism intervient. Le Nanomerism, c'est l'apprentissage de ce déplacement. On écoute, on ressent, on observe. À force d'observer, on apprend à switcher. Pas à tout percevoir, ce qui est impossible. Mais à se déplacer, doucement, d'une perception à une autre, en restant dans le nano moment. Le Nanomerism propose un chemin. Pas une technique.
C'est là que la non-dualité dynamique se donne. Pas dans une vision globale. Dans un parcours. Toujours en mouvement. On ne perçoit jamais la même chose deux fois. On ne perçoit jamais tout. Mais on perçoit, encore et encore, et chaque perception est nouvelle.
Ce n'est pas une vision. C'est un voyage. Dans ce voyage, on ne cherche pas à tout voir. On cherche à être là, dans chaque perception, dans chaque nano moment. C'est là que tout se joue.
Une dernière chose. Le Nanomerism n'élimine rien, et ne remplace rien. Il est lui-même une pratique méditative. Il peut accompagner le yoga, la méditation, ou d'autres voies. Ce ne sont pas des chemins concurrents. Chacun a sa place. Le Nanomerism propose simplement son chemin.
Et il y a autre chose. Quand on est dans le nano moment, on est hors du temps. Mais le temps continue. La musique continue. Quand on revient, on revient dans un temps qui a avancé sans nous. Le morceau a joué quelques mesures de plus. Les autres ont continué leur conversation. Ce n'est pas une contradiction. C'est le cœur de l'expérience. On s'absente, et le monde continue. Et ce n'est pas tout notre être qui s'absente. Les cellules continuent. Elles continuent d'écouter, de répondre, d'émettre. Et ce qui est reçu pendant ce temps n'est pas perdu. C'est stocké. Dans la mémoire cellulaire, dans l'inconscient. Mais ça, c'est un autre sujet. J'y reviendrai.
À propos de l'auteur
Benoit Stasiaczyk est compositeur et improvisateur, professeur de musique et professeur de yoga enregistré (RYT 200). Il est le fondateur du Nanomerism, une pratique d'écoute méditative qui rend perceptible la non-dualité dynamique.





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